mali
(Photo : AFP)

Si vous suivez l’actualité, vous savez sans doute qu’il se passe des choses graves au Mali. Des choses dramatiques. Or, l’un de nos contributeurs, Mohomodou Houssouba, est originaire du Mali, une partie de sa famille vit d’ailleurs à Gao, au nord de ce pays, le théâtre même des violences de ce dernier jour. Et son cœur saigne. Il saigne d’autant plus qu’il a l’impression que la communauté internationale tergiverse, occulte, détourne les yeux. D’où ce Bonjour Mozilla.

Sur cette photo vous voyez donc des réfugiés maliens qui ont fui la ville de Gao pour Bamako. Pourquoi ? Parce que c’est à Gao et à Tombouctou qu’opèrent surtout les groupes islamistes, Ansar Dine et son alliée AQMI (Al-Qaïda). Les gens sur place disent les “Allah-kubar Azawad”. Alors oui, la junte qui vient de prendre le pouvoir à Bamako est en passe de le rendre aux civils (enfin, c’est ce qu’elle dit), mais le nord du pays, lui, est désormais entre les mains des Touaregs et des islamistes. Et la sécession est proche.

Voici ce que Mohomodou aimerait que vous sachiez, que tout le monde sache :

- les villes de Kidal, Gao et Tombouctou, avec leurs sites et documents inscrits au registre mondial de l’Unesco sont en grave danger. La plus grande ville du nord, Gao (65 000 sans les réfugiés des deux derniers mois) n’a aucun contact avec le reste du monde, aucun hôpital et aucune banque. Le Mali est sous embargo à cause du putsch et les frontières de pays comme le Niger, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée et Sénégal sont fermées pour forcer la main de la junte. Il y a juste un peu de carburant pour faire tourner la centrale quelques jours.

- Tous les bâtiments publics à Gao, les commerces, les maisons privées un peu soignées - tous pillés et saccagés. Il ne reste rien du centre de recherche agricole de l’Institut d’économie rurale qui a développé toute une gamme de fruits (dattes), légumes, céréales et plantes utiles résistants à la sécheresse : bâtiment cassé, stock pris et troupeau égorgé.

- Les gens vivent d’une heure à l’autre, se cachant dans leurs maisons. Des informateurs les aident à trouver les maisons des fonctionnaires, militaires et édiles. Ces gens essaient de fuir mais les frontières sont fermées. Les gens de la ville fuient vers la campagne déjà en alerte de disette en février

- l’eau et l’électricité vont manquer et on ne pourrait même plus appeler nos familles. Famine et épidémie (choléra) prévisibles très bientôt.

- Et puis il y a les premières dépêches sur les viols en série en ville. Nouveau et si tragique.

- le débat international est focalisé sur le “retour à l’ordre constitutionnel” que je supporte sans ambages, mais l’insécurité et la précarité totales mettent les populations en grand danger immédiat

- il faut une force (internationale) de protection pour assurer un minimum de distance entre la population et les bandes armées et permettre l’approvisionnement urgent en vivres et médicaments

Voilà. Comme le dit Mohomodou : “l’urgence est là en attendant que l’imbroglio politique se démêle.”


If you’ve followed the news, you probably know that something serious is happening in Mali. Dramatic events! It turns out that one of our volunteers, Mohomodou Houssouba, is from Mali; a part of his family lives in Gao, in the north of the country, the site of the past few days’ violence. And his heart bleeds. Especially when he sees the international community dithers, occults, looks away. Hence this BonjourMozilla.

In this picture, you can see Malian refugees who fled from the city of Gao to Bamako. Why is that happening? Because it’s in Goa and Tombouctou that Islamist groups, Ansar Dine and its ally AQMI (Al-Qaïda), are active. People there talk about “Allah-kubar Azawad”. Yes, the military junta that just took the power in Bamako will give it back to the people soon (at least, that’s what they say), but northen Mali is now in the hands of Tuaregs and Islamists. And secession is near. Here is what Mohomodou would like you to know, what he would like everyone to know:

- The cities of Kidal, Gao and Tombouctou are in grave danger, as well as their World Heritage Sites and Documents. The biggest city in the north, Gao (65,000 inhabitants without counting refugees from those last two months) has no contact with the rest of the world, no hospital and no bank. Mali is under an embargo because of the coup and borders with countries like Niger, Burkina, Ivory Coast, Guinea, and Senegal are closed to force the hand of the military junta. There is only enough fuel to run the power plant for a few days.

- All public buildings in Gao, stores, untended private houses - all are looted and ransacked. Nothing is left of the agricultural research center of the Rural Economy Institute, which developed a whole range of drought-resistant fruits (dates), vegetables, grains, and useful plants: buildings demolished, stocks taken, and cattle slaughtered.

- People live from one hour to the next, hiding in their homes. Informants help them find houses of civil servants, militaries and municipal officials. These people try to flee but the borders are closed. Townspeople flee to the countryside, which was already in danger of famine in February.

- Water and electricity will be missed and we could not even call our families. Famine and epidemic (cholera) are foreseen soon.

- And then, there are first reports of serial rape in the city. New and so tragic.

- The International debate is focused on the “return to constitutional order”, which I unequivocally support, but insecurity and precariousness immediately endangers populations.

- An (international) protective force is needed to assure a minimum of distance between the population and the armed gangs, and to allow the provision of emergency food and medicine.

That’s it. As Mohomodou said : “The emergency is here, until the political imbroglio unravels.”